Publié le 13 février 2019

le Forum des Métiers, un outil efficace pour le vaste sujet qu’est l’orientation

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Nous avons eu l’occasion de rencontrer Emmanuel Bender, proviseur adjoint au Lycée Henri Meck, lors du Forum des Métiers à Molsheim (67), qui a eu lieu du 28 au 30 janvier 2019.
Nous avons discuté notamment de la réforme des lycées dont il est en charge avec son collègue proviseur.

LDE : Nous sommes aujourd’hui présents au Forum des Métiers, dont vous êtes l’organisateur. Est-ce la première édition ?

Emmanuel Bender : C’est la troisième édition de ce forum des métiers et des formations. Il a été créé au sein d’un groupe académique de district autour de Molsheim et répondait à un besoin exprimé par les chefs d’établissements de lycées et/ou de collèges, qui était d’avoir un temps spécifique de rencontre avec des acteurs de formation mais aussi avec des acteurs économiques locaux, notamment les entreprises du bassin de Molsheim.

LDE : Combien d’entreprises participent à ce Forum des Métiers ?

EB : Nous attendons environ une trentaine d’entreprises sur toute la durée du Forum, soit la soirée d’ouverture et trois demi-journées. Les représentants seront tous présents, à hauteur de leurs moyens, de leurs investissements et de leurs contraintes internes.

LDE : Et combien d’élèves y participent ?

EB : Nous attendons surtout des collégiens : il y a plus de 1500 élèves dans tous les établissements du secteur de Molsheim qui vont transiter sur ce forum pendant ces 3 jours. Ce forum est moins dédié aux lycéens, car un dispositif à peu près identique existe déjà : les Journées Universitaires, qui ont pour vocation de répondre à l’essentiel de leurs problématiques.

LDE : Comment préparez-vous ce forum en amont ? Comment communiquez-vous pour avoir autant de participants ?

EB : C’est un travail de longue haleine. Nous nous y prenons au moins un an à l’avance : il faut anticiper la réservation du lieu, la Salle de la Monnaie, gracieusement mise à disposition par la mairie. Puis il faut être en étroite collaboration avec les équipes des différents établissements pour coordonner les transports ou la présence des équipes. Le travail pédagogique n’est pas négligeable : après avoir diffusé les enjeux et enseignements que les étudiants peuvent tirer de ce Forum, chaque élève est équipé d’un livret, et fera un retour sur son parcours et ses rencontres au Forum. Enfin, la coordination avec les entreprises est un travail important. Attirer les entreprises, les unes après les autres, les intégrer à l’initiative, les démarchages au téléphone… ce sont de longues préparations. Jusqu’à la semaine dernière encore, le groupe que j’anime était attribué à cette tâche. C’est un long chemin pour faire venir le monde économique dans le monde de l’éducation.

LDE : Quels sont les enjeux du Forum des Métiers ? Le nombre de participants ?

EB : Non, le nombre de participants n’est pas l’un de nos principaux enjeux. Le public est captif, tous les élèves de troisième vont venir, ce qui nous assure un grand volume de visiteurs. En revanche, l’enjeu est d’avoir suffisamment d’entreprises dans l’ensemble des pôles. La visite du Forum est divisée entre différents pôles, il est important d’avoir au moins quelques entreprises représentatives dans chaque domaine.

LDE : D’après votre expérience sur les précédents forums, quels sont les retours des participants ?

EB : C’est souvent le premier contact réel avec une entreprise pour un élève. Ils sont en troisième, ils savent que c’est une année palier pour leur orientation et qu’ils auront très vite des vœux à prononcer. Les intentions se font déjà au mois de mars, premier gros temps de l’orientation qui est organisé pour des élèves dans un établissement. Ce forum c’est donc pour eux, généralement, l’occasion de découvrir, avant même d’intégrer la classe de seconde, quelles sont les possibilités de poursuites d’études, et de rencontrer des professionnels. Ici nous mettons côte à côte des unités de formations et des professionnels, qui vont parler de leur métier, de leur activité économique, de ce qu’ils font et produisent au quotidien.

LDE : Le Forum sert l’orientation des élèves. Quels sont les autres outils ou éléments que vous leur apportez ?

EB : Personnellement je m’occupe du lycée, mais ma collègue utilise un dispositif de mini-conférences qu’elle anime. Elle accueille toutes les semaines, le jeudi matin par exemple, un professionnel qui vient à la rencontre des élèves présenter son métier, son parcours, son histoire, son entreprise. Les étudiants sont toujours très intéressés, et l’interactivité crée une ambiance équivalente à un mini-forum.

Au lycée, nous avons des séminaires d’orientation, qui ont lieu au moins deux fois et sont de véritables temps forts de l’année. Le dernier séminaire vient d’ailleurs de se terminer, c’était la semaine dernière. Ils sont synchrones avec l’ouverture de ParcourSup, le Forum et les JU (Journées Universitaires) qui se tiennent traditionnellement en février.

LDE : Que pensez-vous des dispositifs, dont vous avez connaissance, mis en place dans les autres établissements ? Pensez-vous que l’école accompagne réellement les élèves dans leur orientation, ou qu’il y a des choses à améliorer ?

EB : Il y a toujours quelque chose à améliorer, nous ne sommes pas parfaits. Le monde de l’éducation a construit énormément de ressources, souvent très théoriques : les supports papiers, les brochures, les sites internet… Nous avons beaucoup de matières premières dont l’enjeu est l’appropriation. Or il faut accompagner l’élève dans sa spécificité. Chaque jeune faisant parti de ces 1500 élèves a une histoire, des envies, son niveau scolaire… Chaque élève est entouré par l’école, les psychologues de l’Éducation nationale, les familles. Les parents jouent un rôle déterminant, et réussir à tout combiner, ce n’est pas évident. Chaque année, nous avons des situations d’orientations un peu tendues, complexes, et chaque année des élèves qui reviennent nous voir en disant « c’est pas ça que je voulais faire ». Je suis persuadé que nous pouvons faire mieux.

LDE : Est-ce que vous pensez que la réforme des lycées va améliorer l’orientation des élèves, notamment avec les nouveaux enseignements de spécialités ?

EB : Oui, elle apporte un nouvel enjeu dans le système éducatif : celui d’une plus grande responsabilisation des familles et des jeunes dans le choix. Rien que le fait de devoir choisir des spécialités induit implicitement de renoncer aux autres. Une grande liberté est offerte aux famille, qui devient une très grande responsabilité. Et c’est un travail sur lequel nous allons devoir nous pencher rétroactivement : dès le début de la seconde, et pourquoi pas dès le collège, nous allons enseigner ce que c’est d’être responsable des choix que l’on opère. Même si ces choix ne sont pas complètement définitifs, ils n’enferment pas complètement les élèves.

L’orientation est un vaste sujet. Il y a vraiment beaucoup de choses à dire.

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